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Un homme un peu à l'ouest

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

On a beaucoup écrit, et fort élogieusement, sur l'art du western chez Mann (Godard, Tavernier...) et je garde un très bon souvenir de Bend of the river ou de l'homme de la plaine.

Je considère malgré tout que l'homme de l'ouest est un film très surestimé.

L'interprétation de Lee J Cobb est trop carricaturale; on a du mal à voir en un Gary Cooper maladroit et emprunté l'ancienne brute sanguinaire à laquelle on voudrait nous faire croire (le contraste entre les deux personnalités de Cooper est trop marqué et par là devient peu crédible).

Certaines scènes traînent trop en longueur, d'autant plus que les dialogues sont assez faibles et plats; de très belles images mais une invention visuelle en retrait par rapport aux films avec Stewart. Une intrigue extrêmement conventionnelle et un personnage féminin qui n'est là que pour respecter les conventions du genre sans rien apporter d'autre que deux scènes qui s'engluent dans la niaiserie.

Malgré tout, quelques très belles scènes (notamment dans la ville fantôme ou l'attaque du train) et une mise en scène rigoureuse sauvent le film.

Par ailleurs, considérer, comme le font certains, que Mann est un précurseur des westerns crépusculaires de Peckinpah me paraît un contresens. En effet, les héros de Peckinpah refusent d'évoluer avec la société et entendent rester ce qu'ils sont, errants et marginaux. C'est exactement le contraire du personnage incarné par Gary Cooper, en rupture avec son passé et soucieux de poursuivre son insertion dans une société bourgeoise et vertueuse.

Du même Mann, revoir de préférence Côte 465, Je suis un aventurier, Bend of the river...à cet homme de l'ouest un peu décevant

 
L'Homme de l'Ouest - ma note pour ce film :
Réalisé par Anthony Mann
Avec Gary Cooper, Julie London, Lee J. Cobb, ...
Année de production : 1958
Voyage avec la mort

Trois Enterrements me paraît être une grande réussite, par son côté à la fois épique et dérisoire, par une qualité visuelle qui n'est pas sans rappeler les grands espaces fordiens, par la grandeur tragique de ce voyage avec et vers la mort, par le mélange très efficace de la concision la plus sèche et du lyrisme le plus flamboyant.

L'approche de ce film est, à un double niveau, éminemment littéraire. Tout d'abord par l'attitude quichotesque de Tommy Lee Jones, qui poursuit une quête qu'on peut considérer initialement rationnelle (respect de la parole donnée à un ami de l'enterrer dans son village au Mexique), mais qui devient monomaniaque quand elle finit par se révéler illusoire car fondée sur un mensonge; la référence à Faulkner me semble également omniprésente. Dans « Tandis que j'agonise », Faulkner nous raconte le voyage de la famille Burden partie enterrer la dépouille de la mère dans un sud presque mythique et l'on ne peut s'empêcher de voir des thèmes et un traitement narratif très proches (le respect des morts, la décomposition du cadavre, les ruptures dans le récit où la narration passe d'un personnage à un autre, ces ruptures étant finalement assez rares au cinéma).

Ceci donne un film très émouvant, parfaitement cohérent, superbement filmé et remarquablement interprété. Tommy Lee Jones (associé au scénariste Guillermo Arriaga) y démontre une étonnante maîtrise en tant que réalisateur « presque débutant ».

 
Trois enterrements - ma note pour ce film :
Réalisé par Tommy Lee Jones
Avec Tommy Lee Jones, Barry Pepper, Julio Cedillo, ...
Année de production : 2005
Un film frontière

Collection Christophe L.

Les vicissitudes d'un ancien soldat confédéré à la recherche de sa nièce enlevée par les comanches.

D'abord un souvenir d'enfance. C'est sans doute, avec "Les contrebandiers de Moonfleet", le film qui m'a le plus impressionné lorsque j'avais une dizaine d'années. Je l'ai revu cinq ou six fois depuis, et toujours avec le même plaisir.

La quintessence de l'art de Ford (qui transcende le roman d'Alan Le May) avec, au-delà de ses thèmes de prédilection (humour simple et communicatif, scènes de bal... comme dans ses films à la gloire de la cavalerie américaine), l'émergence d'une fêlure, une vision plus désabusée du rêve américain (peut-être consécutive à l'ère Mac Carthy), une approche plus consciente de l'Autre qui, en s'affirmant, le conduiront à réaliser "L'homme qui tua Liberty Valance", "Le sergent noir", "Les deux cavaliers" et "Les cheyennes".

John Wayne, en ancien officier sudiste raciste et dévoré par la haine, campe magistralement une espèce d'Achab terrien obsédé par sa quête et son désir de destruction de ce qu'il ne comprend pas. C'est sans doute son rôle le plus profond, le plus tourmenté et le moins manichéen.

Personne (sauf peut-être Peckinpah) n'a filmé l'Ouest de cette manière et certaines images de ce film demeureront à jamais archétypales de l'esthétique du western selon Ford.

La plupart des seconds rôles habituels de Ford sont présents (Vera Miles, Ward Bond, Harry Carey Jr , Hank Worden) et c'est tant mieux ; Nathalie Wood et Jeffrey Hunter sont excellents.

 
La Prisonnière du désert - ma note pour ce film :
Réalisé par John Ford
Avec John Wayne, Natalie Wood, Jeffrey Hunter, ...
Année de production : 1956
Un grand classique de Mann

Un grand classique. L'histoire est, comme souvent chez Mann, assez convenue, prévisible, linéaire jusqu'à l'affrontement final entre les deux principaux protagonistes (Mac Lyntock et Cole, qui représentent, somme toute, les deux pôles d'un même type humain) et l'intérêt de ses grands westerns ne réside pas dans la recherche délibérée de l'originalité. Il est, de ce point de vue, assez proche de la tragédie grecque.

Ce qui est moins classique, c'est le traitement qui est fait de cette histoire, et ce grâce à l'excellent scénario de Borden Chase, scénariste qui est pour beaucoup dans la qualité des films de Mann (l'exposition délibérément sèche et dépourvue de tout lyrisme de la violence d'un monde en construction accélérée, des personnages qui essaient de retrouver des repères qu'ils ont perdus, une vision cynique et désabusée de l'homme en général) et à la prestation toujours irréprochable de Stewart (qui, décidément, savait tout jouer) et du mésestimé Arthur Kennedy. La photographie est d'une rare beauté, le rythme soutenu et la cohérence de la narration tiennent en haleine sans baisse d'intérêt.

Deuxième film du très fertile duo Mann/Stewart, et, peut-être, avec « L'appât », le plus méconnu aujourd'hui, Bend of the River est pourtant un incontournable et l'un de leurs westerns les plus aboutis.

 
Les Affameurs - ma note pour ce film :
Réalisé par Anthony Mann
Avec James Stewart, Arthur Kennedy, Rock Hudson, ...
Année de production : 1952
Huston, Melville, Dieu et le cachalot...

John Huston. Les Grands Films Classiques

A ma connaissance, il n'y avait eu avant ce film de 1956 que deux adaptations du roman de Melville, une muette de 1926 (The Sea Beast) et une parlante de 1930, deux très médiocres versions avec John Barrymore. L'oeuvre de Huston leur est infiniment supérieure, bien que les critiques se soient montrés impitoyables à la sortie du film.

Bien évidemment, il est particulièrement difficile d'adapter un objet littéraire tel que Moby Dick : Livre-Océan, impossible à résumer, touchant à tous les genres (pure histoire d'aventures, traité de cétologie essayant de rassembler toutes les connaissances de son temps sur les cachalots, ouvrage mystique truffé de références bibliques, réflexion sur l'homme, son angoisse devant la nature, l'infini et l'éternité...). En ce sens, et compte tenu de ces contraintes, Huston a réussi à trouver un équilibre presque miraculeux entre ces composantes hétérogènes dans sa transposition cinématographique.

Sa re-création presque maniaque du New Bedford de la fin de la première moitié du 19ème siècle dans le vieux port irlandais de Youghal, ainsi que du Pequod (très fidèle aux descriptions de Melville) à partir d'un vieux navire déniché en Angleterre, les scènes de chasse de la baleine tournées au large des Canaries, du Pays de Galles et des Açores sont hallucinantes de réalisme et particulièrement impressionnantes.

La prestation, certes un peu outrée (mais le personnage est également excessif en tout dans le roman) de Grégory Peck a été largement et à mon avis injustement critiquée en 1956, même si l'on peut trouver l'acteur un peu jeune pour interpréter Achab.

Enfin, la photographie est d'une rare beauté, grâce, principalement, à un procédé inventé spécifiquement pour le film par Oswald Morris (un négatif en couleurs, un en noir et banc puis superposition des deux) ; Huston souhaitait ainsi retrouver des teintes proches de celles des anciennes gravures représentant baleines et cachalots.

En définitive, ce film est une vraie réussite servie par des acteurs au sommet (Richard Basehart, Orson Welles...).

 
Moby Dick - ma note pour ce film :
Réalisé par John Huston
Avec Gregory Peck, Richard Basehart, Leo Genn, ...
Année de production : 1956
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